Extrait de l'émission CPU release Ex0247 : Émissions jeunesse ludo-éducatives.
Parmi les formats d'émissions éducatives, très vite, la télévision publique s'est intéressée à la production d'un journal pour un public jeune.
Un programme qui est en général produit par la même rédaction que les grands journaux de la même chaîne, mais qui conduit à certaines spécificités d'écriture : les textes et reportages doivent être ré-écrits de façon extrêmement pédagogique, dans le sens que les concepts de base doivent être repris de manière synthétique, même les événements qui ont eu lieu récemment doivent être ré-expliqués.
Quand TF1 était encore une télé publique, un journal jeune était diffusé aux débuts des années 1980s dans l'après-midi, avec un journaliste en costume et des sujets en version redux. Mais la concurrence de la nouvelle chaine privée Canal+ passe par un abandon du ton journalistique ou de l'explication scolaire, un présentateur va secouer ce « Mini journal » à la rentrée 1984.
Patrice Drevet n'est pas un simple présentateur, il est avant tout journaliste, il a été chef d'édition pour l'ORTF avant de devenir envoyé spécial un peu partout dans le monde et a interviewé des personnes politiques et des célébrités.
Sauf que là, il repeint le petit écran à 18 h, avec 10 minutes d'information condensée et pop. Le « Mini journal » sera remodelé pour les ados l'habillage passe du style solennel Bonjour !
du 13 h de Mourousy à un extrait de Téléphone qui, justement, rêve d'un autre monde
. Arborant fièrement une mèche décolorée, Patrice Drevet emploie un ton plus dynamique, dans le style des nouvelles radio FM privées, et en utilisant des expressions de teenagers. Expressions aujourd'hui très vintage : fun
, chébran
, reubeu
, cool
. De nouveaux sujets sont alors traités par la rédaction : la musique rock, les jeux-vidéos, la bande-dessinée et les films à succès. Des sujets qui intéressent la tranche d'âge cible des 14 à 18 ans, justement celle de son fils Cyril.
Et ceci avant de refermer son mini-journal par les titres du 20 h.
À l'époque, c'est une révolution car les programmes aussi dans le vent pour les ados, il n'y a que « H.I.P.-H.O.P. » sur la Une, « Les Enfants du Rock » le samedi soir très tard sur la 2, et quelques trucs sur la toute neuve chaine cryptée Canal+.
TF1 privatisée en 1986, Patrice Drevet ne se sent pas sur une télé d'argent-roi et de racole, il démissionne et part sur une autre chaîne publique. C'est la 3 qu'il va exploser avec son « Drevet vend la mèche », avec un habillage nettement plus coloré et un format plus magazine d'actualité. Mais le programme intéresse peu sa chaine qui le change sans cesse d'horaire de diffusion. Évidemment, l'audience a du mal à suivre et l'émission sera annulée ; en signe de protestation pour sa dernière, Drevet va en direct littéralement couper sa mèche emblématique.
[Coup de ciseau]
Et aujourd'hui ?
Pour être tout-à-fait franc, nous voulions parler d'« Arte Journal Junior », un journal quotidien doublé d'un magazine hebdomadaire d'actualité conçu par la rédaction d'Arte spécifiquement pour les enfants entre 10 et 14 ans, incarnée par une mascotte en 3D.
Mais voilà : depuis fin décembre 2025, cette émission a disparu sans crier gare ni communiqué. Surement victime de coupes budgétaires dans le service public. Tiens… encore des ciseaux.
Il reste donc l'offre information jeunesse produite par France Télévision : « Mission info », un magazine hebdomadaire de 10 minutes s'adressant aux 7 à 11 ans ; et « C quoi l'info », un JT quotidien de France Info en 5 minutes pour les 12 à 18 ans. Là, ce sont plus des outils de médiations afin de s'attaquer à la viralité des fake news, mission complétée sur France Info par le magazine « Le Vrai du Faux junior ».
Des programmes qui sont disponibles après diffusion sur les plateforme Okoo du service public, Lumni la plateforme éducative du Ministère de l'éducation et de France Télévision et aussi sur Youtube Kids. « C quoi l'info » est aussi diffusée sur France Info, Tiktok et Snapchat, donc sur des réseaux bien plus regardés par les adolescents que la télé des parents.
Et pour compléter, le magazine « ENTR » co-produit par France 24 et d'autres chaines publiques européennes, à destination des ados et jeunes adultes avec des vidéos en format vertical dans différentes langues.
Le but du jeu de l'information à destination des jeunes étant désormais de contrer les rumeurs et désinformations volontaires, qui pullulent sur les réseaux, dans les IA et dans la rue.
Et comme la télé est devenue un média de vieux, pourquoi encore produire pour l'écran horizontal ?
Mais même en connaissant les noms de ces émissions, elles ne sont pas faciles à trouver en ligne, et c'est vraiment dommage, car cela veut dire qu'elles manquent leur principale mission.
Reste dans la catégorie revue de presse commentée, Samuel Étienne qui fait un travail incroyable sur Twitch en son nom perso, et j'imagine qu'il a bien tenté de faire bouger les choses chez son ancien employeur. Car actuellement cette mission d'expliquer l'info à un public jeune se fait là où est l'interactivité et l'incarnation de la médiation, dans des lives Twitch et Youtube, avec l'inconvénient que ce travail est fait par des indépendants sans le soutien d'une grande équipe rédactionnelle.
Texte : Da Scritch
Illustration sonore : © TF1, D.R.
Photo : © mojzagrebinfo, Pixabay