Extrait de l'émission CPU release Ex0251 : Seule en scène, première partie.
Bonjour à toi, Enfant du Futur Immédiat, toi qui est si envieuse des joujoux des garçons. T'apprends plus tard que tous ne sont pas si géniaux que ça, et surtout génitaux.
On commence par un petit quiz. Pas de panique, y’a rien à gagner.
- L'ancêtre du Wi-Fi ? Hedy Lamarr. Star d'Hollywood dans les années 1940… et inventrice. Elle a breveté en 1942 un système pour empêcher le brouillage des torpilles. Le jour elle tournait des films, et le soir elle inventait la technologie qui donnera vie au GPS et au Bluetooth.
- Le code qui a posé Apollo 11 sur la Lune ? Margaret Hamilton.
- Le tout premier programme informatique ? Ada Lovelace. En 1843. Oui, du temps où on roulait encore en calèche.
Trois réponses, trois femmes. Je suis sur certaine que pour beaucoup, ces noms sont toujours inconnus. Alors qu’elles sont pourtant un rôle central dans l’avancée de la science et des technologies.
Aujourd'hui, on va parler d'un paradoxe. Le numérique est devenu l'un des grands moteurs de la croissance mondiale, et pourtant les femmes n'y occupent toujours qu'une toute petite place.
L'histoire de la tech a pourtant été façonnée par des femmes exceptionnelles. Margaret Hamilton a dirigé l'équipe qui a écrit le logiciel embarqué des missions Apollo. Il y a aussi les six programmeuses de l'ENIAC, qui ont fait fonctionner l'un des tout premiers ordinateurs, en 1946. Sur les photos officielles, on les a prises pour des mannequins qui posaient devant la machine, et on ne les a même pas invitées au dîner de lancement.
Rosalind Franklin, elle, a pris la photo qui a révélé la structure en double hélice de l'ADN. Le prix Nobel est allé à trois hommes. Et Jocelyn Bell Burnell a découvert les pulsars quand elle était encore étudiante. Le Nobel ? Pour son directeur de thèse.
Les femmes ont toujours été là, dans les sciences et les technologies. Leur nom, lui, est souvent resté dans les coulisses. Ça a même un nom : l'effet Matilda. En gros, c'est quand le mérite d'une femme glisse tout doucement dans la poche d'un homme.
Mais… prenons de la hauteur !
Sophie Adenot est la deuxième Française à être allée dans l'espace, après Claudie Haigneré. Deux femmes seulement… contre neuf hommes français avant elle. C'est peu.
Cet été, elle est aussi devenue la première Française à faire une sortie dans l'espace, une EVA pour les intimes (Extra-Vehicular Activity). Elle en a fait trois en deux semaines, dont une 100 % féminine avec l'Américaine Jessica Meir, où c'est Sophie qui menait la sortie. Très peu de femmes ont fait ça. Et tu sais pourquoi ?
Parce que ces petits vaisseaux spatiaux qu'on enfile, les combinaisons de sortie, n'ont pendant des décennies pas du tout été pensées pour la morphologie féminine. En 2019, la NASA a même dû annuler la toute première sortie 100 % féminine, parce qu'il n'y avait pas assez de combinaisons à la bonne taille. Ouais. Y'avait un vide pour aller marcher dans le vide.
Dans l'informatique aussi, on a eu des femmes formidables. Et dès Ada Lovelace, la toute première des programmeuses, nos contributions ont trop souvent été éclipsées par des hommes qui en ont récupéré le mérite.
Au XIXe siècle, Charles Babbage imagine une machine à calculer révolutionnaire. Ada, mathématicienne, écrit pour elle le premier algorithme de l'histoire. Elle va même plus loin que lui : elle comprend que la machine pourra un jour manipuler autre chose que des chiffres, comme de la musique par exemple. Babbage l'encourage à publier. Elle le fait… en signant seulement de ses initiales, A.A.L.
. Parce que une femme savante à l’époque, c’était pas sérieux. C'était au XIXe siècle, avant l'ampoule électrique. Résultat : pendant un siècle, les livres d'histoire ont parlé de la machine de Babbage, et beaucoup moins de celle qui lui avait donné son premier programme.
Et puis il y a Grace Hopper. Amirale de la marine américaine, pionnière de la programmation. Elle a contribué à créer COBOL, un langage qui fait encore tourner les banques aujourd'hui. Mais surtout, elle faisait des conférences incroyablement intelligentes… et drôles ! Elle a eu un tel succès qu'en 1986 elle s'est retrouvée invitée au « Late Show » de David Letterman, à expliquer l'informatique à un présentateur et un public béats qu'une femme leur fasse aussi bien la leçon.
Grace Hopper a prouvé qu'une conférence peut changer le regard du public. Et c'est exactement le sujet d'aujourd'hui.
Encore de nos jours, on ne voit hélas pas assez de femmes dans les conférences techniques, que ce soit dans le public ou sur scène. Il y a un vrai problème de représentativité, dans un milieu qu'on pouvait souvent qualifier de machiste
par le passé, et dans certaines boîtes informatiques qui puent encore le vestiaire dès qu'on entre dans l'open-space. Or ce secteur a besoin de diversité ! Il a besoin que des cerveaux qui ont vécu d'autres contraintes, qui ont d'autres points de vue et qui réfléchissent avec une logique tout aussi valable, surtout quand ces cerveaux représentent l'autre moitié de l'humanité.
Il y a un exemple célèbre de défaut causé par un regard exclusivement masculin. Et je viens de vous le donner : la combinaison spatiale qui n'avait pas été prévue pour les femmes. Un comble pour la NASA ! C'est une Soviétique, Svetlana Savitskaïa, qui a été la première femme à sortir dans l'espace en 1984. Et pendant ce temps-là, la NASA avait embauché Nichelle Nichols, la lieutenante Uhura de Star Trek, justement pour attirer des candidates. Et ça a marché : c'est comme ça qu'a été recrutée Sally Ride, la première Américaine dans l'espace.
Ben les ingénieurs et les sous-traitants de la NASA n'avaient pas pensé qu'une femme puisse, elle aussi, sortir dans l'espace pour resserrer l'antenne télé avec une clé de 17.
Ben dans l'informatique, c'est pareil !
On ne va pas se laisser reléguer au rôle de commercial, de graphiste ou de support niveau 1.
Enfant du Futur Immédiat, on va parler de ton inspiration, de qui t'apprend des choses, de ceux qui te donnent envie de te lancer et de faire pareil, voire bien mieux.
Quand une femme prend la parole sur la scène d'une conférence technique, elle ne prouve pas seulement qu'elle est aussi compétente qu'un homme : elle ouvre la voie à toutes celles qui la regardent.
Alors plutôt que de décider pour nous de ce qui nous concerne au premier chef, qu'on nous laisse nous exprimer derechef !
Texte : Touff,
Photo : Micro sur une scène par Daniel Meza, reprise autorisée par Unsplash