Extrait de l'émission CPU release Ex0248 : Turbulences à Taïwan, première partie.
Bonjour à toi, Enfant du Futur Immédiat, ou plutôt 你好,今天的未來之子
[Nǐ hǎo, jīntiān de wèilái zhīzǐ
]
Oui, j'ai demandé à une IA de te saluer en Mandarin à ma place, ma prononciation et la traduction sont très approximatives mais plutôt que de langue, parlons de géographie, de Taïwan.
Taïwan est une province de la Chine.
Comment ça, tu ne me crois pas ? Figure-toi que ce statut est écrit dans le préambule de la constitution de la République Populaire de Chine, version ré-écrite de 1982 : (je cite)
Taïwan est une partie du territoire sacré de la République populaire de Chine. Achever le grand œuvre de réunification de la patrie est la mission sacrée du peuple chinois tout entier, y compris des compatriotes de Taïwan.
D'où ce très étrange ballet diplomatique entre les deux pays de facto, où, par exemple, Taïwan bénéficie du support militaire des États-Unis, sauf en cas de conflit avec Pékin… Taïwan, anciennement Chine Nationaliste
, ne fait d'ailleurs plus partie de l'ONU depuis qu'elle en a été éjectée en 1971 du Conseil de Sécurité, et remplacé par… la Chine Communiste. Sur recommandation Linkedin de Richard Nixon, ben oui, le chef de la nation supposée alliée de Taïwan.
Et à bien bien bien chercher, les officiels du gouvernement de Taipei ne se disent jamais indépendants de Pékin.
Seulement la population de Taïwan est de plus en plus favorable à une indépendance officielle de la Chine Continentale, surtout chez les jeunes, ceux nés après la démocratisation en 1987. Il faut dire qu'à Taïwan on a plus de liberté, quasiment pas de corruption, on n'a pas de credit social officiel, on peut dire ce que l'on veut et même tu peux même y discuter de Winnie l'Ourson sans risquer les foudres de la police pour crime de lèse-Secrétaire-Général du Parti. En soit, en termes éthiques, Taïwan est exactement l'opposée de l'auto-préfixée République Populaire de Chine. Cette dernière qui, toujours dans sa constitution, proclame que
L’État respecte et protège les droits de l’homme
et ceci, sans rire. si si.
Alors pourquoi parler de Taïwan ? Parce que cette entité est repliée sur l'île de Formose depuis que Mao Zedong a mis une pâtée à Tchang Kaï-chek… parce que cette entité, donc, est un des points centraux de provenance de nos composants électroniques. Taïwan est aussi très présent sur le domaine logiciel. Et enfin, c'est une démocratie qui a pris un virage numérique extraordinaire en nommant au gouvernement une hackeuse.
Bref, Taïwan est à double titre une culture chinoise insulaire : isolée par la mer et l'histoire et lévitant au large d'un continent.
Taïwan est ce point névralgique insoupçonné dans les atlas géopolitiques, ce single point of failure (ce maillon faible) dans la chaîne d'approvisionnement du numérique qui est dans un état incessant de pré-guerre depuis 1948, et où tout peut basculer à tout moment.
Or, Pékin, la capitale de toute la Chine, manifeste assez bruyamment ses revendications territoriales avec des actes parfois assez musclés. D'ailleurs, tu as forcément entendu parler des recettes très brutales qui lui permettent d'harmoniser et internet et la société civile. À Hong-Kong, ils le vivent. Et quand la Russie a annexé la Crimée, Pékin s'est senti pousser des ailes… armées.
Enfant du Futur Immédiat, le jour où le gros panda Chine ira boulotter le petit dragon Taïwan, tout le secteur numérique, de l'Arduino jusqu'à la console de jeu en sera très fortement secoué. Et ça sera la première fois depuis 1989 qu'une guerre impactera lourdement le secteur technologique.
Texte : Da Scritch
Voix complémentaire : Google Translate.
Photo : Ciel nocturne de Taipei avec vue sur le Taipei-101, par Steven Hung, licence incertaine.